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Une Robe ou un Cerveau ‘Normal’ ?

Dernière mise à jour : 27 nov. 2025

Le jour où ma fille a choisi d’être elle-même

témoignage parent TDAH DYS différence
Sa singularité, son super pouvoir.

J’ai bien failli me mettre en colère après la maitresse en entendant qu’elle avait mis ma fille face à ce dilemme, « une robe ou un cerveau normal », devant toute la classe.

Ce dilemme, je le savais, réveillait la souffrance d’un long parcours : des départs à l’école avec mal au ventre aux devoirs déchirés le soir. J’avais peur que les mots TDAH, DYS l’aient rendu vulnérable devant ses petits camarades.

Pourtant, c’est une validation de tous les efforts et de toute l’énergie déployés ces derniers mois que ma fille m’a offerte en choisissant de voir sa singularité comme un super pouvoir.


  

Quand les difficultés ont commencé à l’école, ma fille avait 6 ans, avec des maux de ventre et de tête récurrents, j’ai fait milles hypothèses.

Après avoir écarté avec le médecin toute pathologie, j’ai pensé à des problèmes relationnels notamment avec la maîtresse et à l’ennui.

C’est en accompagnant la classe à une sortie que j’ai constaté que le comportement de ma fille était différent. Ce qui m’a décidé à prendre rendez-vous avec une neuropsychologue : un premier diagnostic, le TDAH.

Une éducatrice spécialisée libérale donne à ma fille (et à moi) les premiers outils adaptés à ses spécificités. Si des améliorations sont visibles (moins de maux de ventre, de tête), les devoirs et les fameuses listes de mots sont toujours sources d’autant de difficultés - nouveau tests, soupçons de troubles DYS à confirmer avec un orthophoniste. Ma fille ne prend pas bien cette annonce, elle est en colère :

« Pourquoi j’ai ce truc ? »

Nous avons la chance de trouver rapidement un orthophoniste, il est très précis et très encourageant. Les devoirs et les listes de mots, les devoirs sont toujours aussi difficiles, mais grâce aux accompagnements, à la communication, il y a moins de pression à la maison et à l’école.

C’est un chemin que j’ai suivi seule, car autour de moi, les maîtresses précédentes en particulier, tous pensaient qu’il suffisait à ma fille de courage et de ténacité, qu’elle est suffisamment intelligente pour y arriver.

Au fond de moi, je savais que ce n’avait jamais été le cas pour moi et qu’elle avait besoin de mots pour comprendre ce qui se passait pour elle.



Ce matin, devant la grille de l’école, la maîtresse m’a interpellée :

« Je dois vous partager ce qui s’est passé en classe avec votre fille. »

La maîtresse a proposé un échange aux enfants de la classe sur le sujet des troubles Dys. Ma fille a expliqué en quoi consiste le trouble et comment il l’affecte de manière très « précise et claire ». La maîtresse lui a alors poser une dernière question « comme une patate » précise-t-elle :

«  Et si j’avais une baguette magique et que je pouvais t’offrir une magnifique robe ou bien un cerveau sans Dys, que choisirais tu ? »


Ma fille a réfléchi quelques instants et à la grande surprise de la maîtresse a choisi la robe, en précisant que :

« Le Dys m’embête tous les jours, mais je sais qu’il me rend unique et créative »

La maîtresse, émue de me rapporter l’échange a ajouté :

« C’est ce que nous avions besoin d’entendre »

A ce moment, je me suis tournée vers ma fille, j’ai vu son regard empli d’émotion, dans l’attente de ma réaction. Mon cœur n’a fait qu’un bond, je l’ai embrassée et prise dans les bras (oui c’est encore possible avec une enfant de 8 ans).

J’étais tellement heureuse et soulagée. Heureuse qu’elle se sente libre de parler de ses difficultés et d’assumer ses différences, soulagée que toute l’énergie consacrée porte ses fruits.



Les maux de ventre, les maux de têtes sont une expression courante de la souffrance chez l’enfant, une somatisation. Le signe que ma fille dépensait énormément d’énergie à compenser, à chercher des stratégies de camouflage (le masking). Une tentative désespérée d’être et de faire comme les autres, comme ce qu’on attend d’elle.

Entendre, de plusieurs personnes, de confiance, professionnels qu’il y a une explication, que des mots existent, que d’autres enfants partagent ces difficultés, qu’elle n’est pas juste «idiote» sont autant d’autorisations précieuses à être et ressentir dans son ici et maintenant – une libération.


Alors que la maîtresse en proposant ce dilemme s’attendait au choix de la normalité malgré une grande tentation et une immédiateté de récompense d’une belle robe pour une petite fille. Ma fille a choisi de rester qui elle est, de l’accepter pleinement et de s’auto affirmer. En affirmant que sa différence la rend plus créative et unique, elle la transforme en super pouvoir.


En tant que parent, j’ai toujours craint que mes enfants soient formatés, englués dans un système que j’appréhende comme extrêmement normalisant. Je les ai toujours encouragés à ne pas se forcer à faire comme les autres et à valoriser leurs forces, leurs singularités.


Quel Geppetto préférerait une marionnette à un enfant vivant ?



Qui aujourd’hui oserait dire qu’un enfant myope devrait avoir le courage et faire l’effort de se passer de lunettes ? Les troubles du neurodéveloppement sont invisibles, leurs diagnostiques ne sont pas simples et relèvent souvent du parcours du combattant et pourtant ils nécessitent des outils adaptés, des accompagnements spécifiques.

Ma fille a choisi ses lunettes, celles qui lui permettent de voir qui elle est vraiment, moi j’ai compris que mon rôle est de l’aider à ajuster ses verres.


Et si, au lieu de leur demander d’être "normaux", nous leur offrions les lunettes qui leur permettent de se voir clairement — et de se choisir eux-mêmes, robe ou pas robe ?





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